Développement durable - économie alternative

Changement climatique : premier pas timide de l'UE vers les pays en développement

Lundi, 28 Septembre 2009

L'Union européenne serait prête à consacrer 2 à 15 milliards d'euros par an d'ici à 2020 aux pays en développement si ceux-ci acceptent de s'engager davantage en matière de lutte contre le changement climatique. C'est ce que la Commission européenne a déclaré le 10 septembre, afin de donner dès à présent un coup de fouet aux négociations préparatrices à la Conférence de Copenhague, qui aura lieu du 7 au 18 décembre. Car force est de constater qu'à J-80, le moindre soupçon d'avancée pour permettre un accord ambitieux à Copenhague s'avère problématique.

L'aide aux pays en développement sera un des principaux défis du nouvel accord sur le climat, qui fera suite aux accords de Kyoto. D'ici à 2020, ces pays auront à supporter des coûts annuels estimés par la Commission à environ 100 milliards d'euros, pour des efforts de mitigation et d'adaptation au changement climatique, d'ores et déjà perceptibles.

Selon la Commission, le financement devra provenir de trois sources : financements publics et privés des pays en développement eux-mêmes, recettes tirées du marché du carbone international élargi, et aide publique internationale à hauteur de 22 à 50 milliards d'euros par an. La proposition de la Commission est que les pays industrialisés et les grands pays émergents fournissent ce financement public au prorata de leurs émissions et de leur capacité contributive.

Très attendue, cette annonce a le mérite de faire sortir l'Union européenne de son silence concernant l'indispensable soutien à apporter aux pays en développement. Mais elle a aussi de quoi laisser perplexe. L'ampleur du soutien financier proposé est objectivement trop étriquée, et les ONG s'accordent à dire que 35 milliards d'euros par an sont dès à présent nécessaires, en plus de l'aide au développement déjà existante. Autre point problématique, le rôle du marché au carbone se trouve obscurci dans la proposition de la Commission : ce mécanisme complexe ne saurait à la fois servir des objectifs de réduction des émissions au Nord (mécanisme de compensation) et au Sud.
Par ailleurs, la proposition de la Commission sous-entend que les pays en développement devront assumer la majeure partie de la charge financière : un raisonnement qui revient à renoncer au leadership européen en matière de politiques climatiques. Il est enfin illusoire d'attendre que le capital privé permette aux pays en développement de prendre en charge la majeure partie des efforts de mitigation : l'Europe elle-même a échoué à réaliser de telles réductions !

A l'heure où la crainte d'un échec à Copenhague est largement partagée, il est plus que temps que les pays développés s'engagent à fournir un soutien financier adéquat et planifié aux pays en développement. Seule une telle annonce ouvrira le jeu à des engagements plus courageux, notamment de la part des grands pays émergents. Et jusqu'à nouvel ordre, le leadership pour tirer vers le haut les négociations sur le climat semble bien demeurer dans les mains de l'Union européenne, étant donné le peu d'implication effective du Japon comme des Etats-Unis.